Économie

Facebook, Google, Apple… Pour les Gafam, nos conversations valent de l’or

Une enquête de Bloomberg révèle, mardi, que Facebook a fait écouter et retranscrire les conversations de ses utilisateurs. Ces extraits constituent une mine d’or en matière de données pour les géants du numérique, les Gafam.

Facebook nous écoute. Ou plutôt nous écoutait. Une enquête du média américain Bloomberg révèle, mardi 13 août, que l’entreprise de Mark Zuckerberg a payé des sous-traitants pour retranscrire des extraits sonores de conversations de certains usagers.

Après avoir longtemps nié agir de la sorte pour mieux calibrer ses publicités, le réseau social a déclaré avoir mis fin à cette pratique, qui s’avère pourtant une source d’informations très précieuse pour les géants numériques, alias les Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). Cet aveu intervient quelques semaines après des révélations similaires concernant Amazon, Apple ou encore Google.

En avril, Bloomberg, déjà, alertait que des employés d’Amazon écoutaient les requêtes des utilisateurs avec leurs enceintes connectées Echo. Fin juillet, le Guardian révélait qu’Apple faisait de même avec les requêtes adressées à son assistant vocal Siri. Microsoft et Google ont également été touchés par des scandales similaires.

Pourquoi cette ruée vers les enregistrements sonores ? Pour Nicolas Mourier, consultant indépendant et spécialiste des objets connectés, « c’est une mine d’or, bien plus que les conversations textuelles », explique l’expert. « L’humain est inquiet des caméras qu’on voit. […] En revanche, écouter une personne permet d’obtenir mille fois plus de données et ce, de manière plus facile : on récupère ses opinions mais aussi des informations sur sa classe sociale, ses centres d’intérêt… Que Facebook s’y intéresse n’est pas étonnant, il avait jusque-là un train de retard sur les Gafam qui produisent des assistants vocaux. »

Une écoute pour affiner l’algorithme ?

Facebook, tout comme les autres géants du numérique, a justifié – après les enquêtes – procéder à ces écoutes pour améliorer ses services. Les sous-traitants de Facebook vérifiaient si l’intelligence artificielle du réseau interprétait correctement les messages qui avaient été rendus anonymes.

Une justification qui sonne juste pour Nicolas Mourier. « Il y a deux intérêts à ce genre de retranscription : comparer ce que comprend l’humain avec ce que comprend le moteur de reconnaissance et voir si ce dernier fait correctement son boulot et ensuite le nourrir, l’alimenter, l’affiner. »

« C’est la masse de données à comparer qui fait la différence en matière de performance. Il ne suffit pas d’avoir le meilleur moteur de reconnaissance vocal au monde sur le plan technique. Google est meilleur, car il a la possibilité de comparer ce que vous êtes en train de dire avec la masse de connaissances accumulées », détaille-t-il.

Et l’expert de donner un exemple avec la comptine française « Il était une fois, dans la ville de Foix, une marchande de foie, qui vendait du foie… Elle se dit : ma foi, c’est la première fois et la dernière fois, que je vends du foie, dans la ville de Foix » pour illustrer son propos. « En cas d’erreur lors de la déclamation de la comptine, le meilleur moteur de reconnaissance vocal au monde va retranscrire cette faute telle quelle. Google, lui, va pouvoir la corriger en comparant avec sa base de données. »

Manque de transparence

Facebook a pourtant longtemps nié utiliser des enregistrements audio. Son fondateur, Mark Zuckerberg, avait même rejeté l’idée lors d’une audition devant le Congrès en avril 2018. « Nous ne faisons pas ça », avait-il répliqué fermement. « Vous parlez d’une théorie du complot qui circule affirmant que nous écoutons ce qui se passe dans votre micro et que nous l’utilisons pour de la pub », avait répondu le jeune milliardaire à une question du sénateur Gary Peters. Plus tard, Facebook avait précisé qu’il n’accédait au microphone qu’en cas de consentement. Pourtant, Nicolas Mourier estime que la publicité ciblée est bien le but des géants du numérique.

« On vient collecter de l’information vocale pour ensuite proposer de la publicité. C’est le modèle économique de Facebook et c’est le modèle de Facebook et celui des Gafam. Il n’y a aucun doute là-dessus », affirme-t-il.

Pour Numerama, média spécialisé dans les nouvelles technologies, le manque de transparence des Gafam quant à ces pratiques est « problématique ».

« Les entreprises [doivent] trouver d’autres solutions. Elles pourraient par exemple mieux s’assurer du consentement des utilisateurs, voire offrir une rémunération à ceux qui acceptent… Car après tout, ils leur fournissent des données très utiles qui finiront sans aucun doute dans des produits commerciaux », explique le média français.

« Il faut faire de la pédagogie sur le sujet et expliquer aux gens de faire attention. Expliquer que si l’enceinte réagit à « OK Google » ou « Alexa », c’est qu’on est écouté en permanence », avertit Nicolas Mourier.  « Et surtout expliquer qu’introduire une oreille dans sa maison est bien pire qu’un œil. »

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