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Présidentielle en Tunisie : l’austère Kaïs Saïed porté au sommet de l’État

Universitaire devenu commentateur politique, Kaïs Saïed est une énigme. Difficilement classable sur l’échiquier politique, cet homme austère de 61 ans à la diction mécanique prône un strict respect des lois et une révolution par le droit.

Alors que le constitutionnaliste Kaïs Saïed est donné largement vainqueur de la présidentielle tunisienne de dimanche 13 octobre, avec plus de 70 % des suffrages selon plusieurs sondages réalisés à la sortie des urnes, cet universitaire à la personnalité austère et à la diction mécanique reste une énigme.

Juriste connu pour son conservatisme sociétal mais aux intentions encore floues, Kaïs Saïed est arrivé largement devant son adversaire Nabil Karoui, homme d’affaires poursuivi pour fraude fiscale. Il était déjà arrivé en tête du premier tour le 15 septembre, avec 18,4 % des voix, après une campagne low-cost constituée de multiples visites de terrain et de pages animées par ses partisans sur Facebook.

« Peu auraient parié sur une victoire de Kaïs Saïed il y a 1 mois »

Après l’annonce des premiers sondages le donnant vainqueur, il a remercié « les jeunes qui ont ouvert une nouvelle page de l’histoire », devant ses partisans réunis dans un hôtel du centre de Tunis. « Nous allons essayer de construire une nouvelle Tunisie », a-t-il déclaré, stoïque, devant ses proches et la presse. « Je connais l’ampleur de la responsabilité », a-t-il encore affirmé.

Interrogé mi-septembre par France 24 au sujet de sa future politique extérieure, Kaïs Saïed avait affirmé que « la Tunisie restera toujours un pays méditerranéen ouvert sur le monde ». « C’est son histoire et on ne changera pas la géographie. Nous continuerons à avoir des rapports avec les pays du nord, avec les pays du Maghreb et avec nos partenaires traditionnels, avec lesquels il faut renforcer la coopération et la compréhension mutuelle », avait-il ajouté.

Farouchement anti-israélien

Né le 22 février 1958 dans une famille originaire de Beni Khiar sur la côte est de la Tunisie, fils d’un fonctionnaire de la municipalité et d’une mère éduquée mais restée au foyer, il grandit à Radès, banlieue de la classe moyenne dans le sud de Tunis. Il fait toutes ses études dans l’enseignement public tunisien.

Farouchement anti-israélien, il a cependant souligné sa fierté que son père ait, à ses dires, protégé des nazis la jeune juive tunisoise Gisèle Halimi, devenue depuis célèbre avocate féministe.

Kaïs Saïed est diplômé d’un prestigieux établissement public, le Collège Sadiki, comme de nombreux présidents avant lui : le père de l’indépendance, Habib Bourguiba, le président Moncef Marzouki (2011-2014) et le premier président élu au suffrage universel en 2014, feu Béji Caïd Essebsi.

Diplômé à 28 ans à l’Académie internationale de droit constitutionnel de Tunis, il a été enseignant assistant à Sousse (centre-est), où il a brièvement dirigé un département de droit public. De 1999 jusqu’en 2018, il enseigne à la Faculté des sciences juridiques et politiques de Tunis.

Spécialiste du droit constitutionnel, il a pris sa retraite de l’université publique en 2018.

Surnommé « professeur » par ses partisans, « Robocop » par d’autres

Certains de ses partisans le nomment toujours respectueusement « professeur », même si l’homme n’a publié que peu d’ouvrages et n’a pas de doctorat. Père de deux filles et d’un garçon, il est marié à une juge, qui n’est apparue à ses côtés qu’aux derniers jours de la campagne.

Surnommé « Robocop » en raison de sa diction saccadée et de son visage impassible, il est décrit par plusieurs étudiants comme un enseignant dévoué, attentionné derrière son apparente rigidité. « Il pouvait passer des heures en dehors des cours à expliquer tel point ou à faire comprendre la note d’un examen », témoigne sur Twitter l’un d’eux.

C’était un « professeur sérieux, parfois théâtral, mais toujours disponible et à l’écoute », abonde Nessim Ben Gharbia, un journaliste tunisien ayant suivi ses cours entre septembre 2011 et juin 2012.

Il connaissait aussi les employés subalternes de son université par leur prénom, prenant des nouvelles d’un parent malade ou d’un enfant, se souvient un journaliste de l’AFP qui l’a interviewé en 2014.

Dans son noyau de supporteurs se trouvent de nombreux anciens étudiants. Mais aussi des idéalistes, rencontrés en 2011 au sit-in de Kasbah 1, mouvement de jeunes et de militants déterminés à réorienter la transition démocratique qui s’amorçait après le départ de Zine el-Abidine Ben Ali.

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